Histoire

Né en 251 dans un village d’Egypte, saint Antoine, dit l’Egyptien, est appelé le père des moines. Il vécut une vie d’ermite et passa de nombreuses années dans le désert afin de lutter contre les démons qui le persécutaient : il triomphe de ces « tentations » par le jeûne et la prière et se réfugie dans l’ascèse la plus sévère. Tout au long de sa vie, il soigna de nombreux malades.  Antoine meurt en 356, à l’âge de 105 ans.

Selon la légende, les reliques de saint Antoine sont ramenées vers 1070 de Constantinople en Dauphiné par Geilin, Seigneur local, lors de son retour de pèlerinage en Terre Sainte. Elles sont déposées au village de La Motte aux Bois qui prend alors le nom de Saint-Antoine.

En 1088, des Bénédictins sont dépêchés de Montmajour pour surveiller la construction de l’église qui doit abriter les précieuses reliques et assurer l’accueil des pèlerins. Il est fondé par ailleurs, une maison de l’Aumône, par des sœurs et des frères hospitaliers au service des pauvres et des malades, plus particulièrement de ceux atteints du Mal des Ardents.

Au milieu du XIIème siècle, ces hospitaliers se voient octroyer le droit de quête, l’exemption de tributs et péages, des privilèges particuliers et des revenus conséquents après avoir fondé plusieurs maisons en Italie, en Allemagne et dans les Flandres. Ainsi se multiplient les sources de conflits avec les Bénédictins, qui, chassés en 1289, sont officiellement congédiés par le Pape Boniface VIII en 1297.

Dès lors, la Maison de l’Aumône est érigée en Abbaye et les hospitaliers deviennent chanoines réguliers de Saint- Antoine. Ils se distinguent par leur science novatrice en matière de médecine, soignant les personnes atteintes du « Feu Saint Antoine » ou « Mal des Ardents ». Cette maladie est un empoisonnement du sang par un champignon parasite du seigle et présente 2 aspects : l’un convulsivant, l’autre gangréneux. Les muscles se raidissent, les membres se gangrènent et une mauvaise irrigation du cerveau provoque un état hallucinatoire, proche de la démence. Les chanoines construisent peu à peu, à Saint-Antoine même, maison mère de l’ordre, plusieurs hôpitaux.

Aux XIVème et XVème siècles, l’Ordre est à son apogée et d’importants travaux sont conduits à Saint-Antoine, alors haut lieu de pèlerinages. Diplomates, conseillers ou ministres auprès des grandes cours européennes, mais aussi mécènes, les Antonins dotent l’Abbaye et certaines commanderies de nombreuses œuvres d’art auxquelles s’ajoutent présents et faveurs de donateurs et visiteurs : l’abbaye regorge alors de richesses.

Fragilisé par des querelles internes et la suppression du droit de quête mais surtout par les incursions du Baron des Adrets et ses lieutenants lors des Guerres de Religion au XVIème siècle, l’ordre semble condamné au déclin. Abbés et religieux fuient l’Abbaye livrée à la cupidité des pillards : les bâtiments sont dévastés, les façades mutilées, d’irremplaçables trésors sont perdus… Ainsi les Guerres de religion laissent elles une abbaye exsangue. Les Antonins sont considérablement affaiblis, victimes d’une crise morale et matérielle sans précédent.

Dès le XVIIème siècle, les religieux tentent de redresser l’Ordre déchu. Des rénovations d’envergure sont entreprises en l’abbaye : les bâtiments sont remis en état, de nouveaux édifices s’élèvent ou se transforment. La priorité est accordée à la connaissance et à l’amour du beau, des commandes d’œuvres d’art sont lancées. Le Trésor ainsi que la bibliothèque sont peu à peu reconstitués.

En 1768, l’Edit promulgué par Louis XV visant la suppression des congrégations relieuses ne comprenant pas plus de 20 membres par maison porte un coup fatal à l’Ordre qui, dans un ultime sursaut, s’unit en 1777 à celui de Saint-Jean de Jérusalem (ordre de Malte). Les chevaliers de Malte ne séjournent pas longtemps à Saint-Antoine, cédant l’Abbaye à des Chanoinesses de leur Ordre en 1787. Impuissantes face aux premières rumeurs de la Révolution, elles ne peuvent empêcher le démantèlement des richesses de l’abbaye et quittent les lieux en 1792.

Les bâtiments sont vendus au titre de bien nationaux, de nombreux objets d’art et peintures sont transportés à Grenoble lors des saisies révolutionnaires. L’église abbatiale devenue paroissiale en 1802 est classée Monument historique par Prosper Mérimée en 1840.